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Ad honorem Dei et Ecclesie. Le trésor de la cathédrale de Rouen (1204-1510)

Entretien avec Eléonore Quirouard-Frileuse, archiviste paléographe (promo. 2025), auteur d’une thèse intitulée Ad honorem Dei et Ecclesie. Le trésor de la cathédrale de Rouen (1204-1510). Son travail, récompensé par le prix Fondation Etrillard, a été dirigé par M. Philippe Plagnieux, professeur d’histoire de l’art du Moyen Âge à l’École nationale des chartes (ENC), et M. Tixier, professeur à l’Université de Lorraine. Propos recueillis par Louis Cheminot, élève archiviste paléographe (promo. 2026).

 

Quelle est l’origine de ce sujet ?

En entrant à l’École des Chartes, je savais d’emblée que je voulais devenir conservatrice du patrimoine, en section musée. Il était donc absolument nécessaire que j’accomplisse une thèse en histoire de l’art, étant donné que je n’en avais pas fait en prépa.

Après une longue période d’hésitation entre médiévale, moderne et contemporaine, au cours de laquelle j’ai dû interroger tous les professeurs d’histoire de l’art de l’École, mon choix s’est finalement porté vers la première période. Attirée par l’orfèvrerie, j’ai contacté M. Tixier qui a évoqué la possibilité d’étudier un trésor de cathédrale[1]. Du fait de mes attaches normandes, Rouen était un choix naturel. D’ailleurs, le trésor de la cathédrale de Paris était également en lice mais à l’occasion de sa restauration, la cathédrale est devenue un sujet de recherche en vogue. Des conservateurs du Louvre se sont naturellement attelés à la création d’une exposition. Il fallait travailler un sujet laissé de côté par la recherche récente.

Était-ce une surprise que Rouen demeure encore vierge de travaux de ce type ? Après tout, ce n’est pas n’importe quelle cathédrale…

Rouen est effectivement une cathédrale majeure. Son trésor a été étudié, notamment au XIXe siècle et lors d’une exposition du Musée des Antiquités de Rouen en 1993. Les études précédentes s’étaient concentrées sur les inventaires et plus particulièrement, les objets conservés. Après les troubles révolutionnaires et la dispersion des trésors ecclésiastiques, de nouveaux trésors ont été reconstitués au XIXe siècle.

En revanche, les historiens de ce temps-là ont laissé de côté les usages de ces objets. Bien que séduisants et objets de fantasme, les trésors ont longtemps été oubliés. Depuis les années 2000, ils suscitent à nouveau la curiosité des historiens ; dans le cas de Rouen, le trésor médiéval a presque entièrement disparu. Mon étude se concentrait sur un trésor de papier et de parchemin.

Qu’est-ce qu’un trésor ? De quoi est-il généralement constitué ?

En premier lieu, un trésor liturgique contient tout ce qui est nécessaire pour célébrer la liturgie. Les sources parlent de ministeria et d’ornamenta. Par ministerium, il faut entendre tout ce qui est indispensable au ministère : calice, patène etc. L’ornamentum regroupe tout ce qui orne l’autel et rehausse l’éclat de la célébration. En réalité, ces deux catégories ne sont pas étanches, leur définition variant d’un historien à l’autre.

Toutefois, un trésor peut contenir des éléments qui ne sont pas liés au culte : il s’agit réellement de la réserve de tous les objets précieux. La cathédrale conservait la Charte aux Normands par exemple. Dans l’inventaire de 1555, source très précieuse car dressée peu avant le sac de la ville par les protestants, j’ai trouvé…une mâchoire de dragon ! On sent le scepticisme du notaire qui précise « mâchoire de dragon ou de bétail »…

On y conserve de l’argent, quelques reliquaires, mais avant tout des vêtements liturgiques. En effet, ces derniers représentent plus de la moitié des éléments conservés dans le trésor du maître-autel, et cela sans compter les tapisseries et parures d’autel parmi les vêtements. Je n’ai pas trouvé de traces de ces dernières, les antependia, qui, peut-être, demeuraient sur les autels. Voilà d’ailleurs le problème de ces sources : elles ne mentionnent que ce qui se trouve dans la réserve.

Cela veut-il dire que, paradoxalement, on ne connaît pas les objets d’usages courants ?

Non, pas vraiment. On connaît ce qui devait être conservé à un endroit précis, incluant nécessairement les objets les plus utilisés. Un inventaire est une pièce juridique, ayant une valeur en cas de procès : d’où le soin qui préside à sa rédaction. En outre, il existe plusieurs inventaires : un inventaire pour le maître-autel et un autre recensant les trésors des chapellenies. Je pense qu’on ne se rend pas compte que toutes les chapelles latérales contiennent à l’époque plusieurs petits trésors ! Une chapellenie est une fondation d’un laïc pieux et fortuné. Ce dernier donne une rente conséquente qui permet à un chapelain de vivre et se consacrer à la célébration de messes en sa mémoire, et ce plusieurs fois par semaine. À chaque chapellenie son petit trésor.

Dans le cas de Rouen, que reste-il actuellement ?

La proportion d’objet conservée est minime : quand les protestants ont pris Rouen en 1562, le trésor a été dispersé[2]. Ensuite, sous la Révolution disparaît le trésor reconstitué sous l’Ancien Régime : des centaines de kilos de métal précieux partent à la fonte. Ce qui n’a pas été fondu a été vendu.

Il reste cependant de beaux éléments, comme la châsse Saint-Romain [3].

Ill. 1 – Châsse saint Romain (anciennement châsse de Tous les Saints), fin XIIIe siècle. Cliché d’auteur

Le trésor contemporain comporte beaucoup d’objets du XIXe siècle. On trouve également des objets remontant à l’époque médiévale mais arrivés au XIXe siècle, comme les deux anges en ivoire du reliquaire Saint-Romain, provenant du trésor de Saint-Denis. Les trésors de chapellenies, conservés dans les chapelles latérales et facilement accessibles, ont, en revanche, complètement disparu…

Peux-tu définir ce que sont des comptes de fabrique, en quoi ils diffèrent des inventaires, tant sur le fond que sur la forme ?

J’ai effectivement étudié les comptes de fabrique. Ces derniers étaient tenus par deux chanoines, épaulés par des chapelains : ils devaient veiller à l’entretien matériel du bâtiment. Pourquoi étudier ces comptes ? En 1470, la fabrique et la trésorerie fusionnent : j’ai donc dépouillé les comptes de fabrique avant et après cette date, pour repérer les changements. Il y avait en fait un conflit de compétences entre les deux : parfois, la fabrique s’occupait de certaines tâches qui étaient normalement dévolues au trésorier. En 1470, le chapitre a tranché au profit de la première. Toutefois, on ne supprime pas la charge de trésorier, qui est l’une des plus anciennes et prestigieuses : elle devient simplement honorifique. Le chapitre gagne au change, car il peut nommer et révoquer les chanoines à la tête de la fabrique. En pratique, j’ai surtout effectué des « sondages archéologiques » dans ces registres.

Mes sources principales étaient les délibérations capitulaires, que j’ai entièrement dépouillées. Ces registres, tenus en latin, sont conservés à partir de 1350-1360 : ils ne deviennent systématiques qu’à partir de 1365. À partir de cette année, nous sommes en présence d’une source ininterrompue jusqu’à la Révolution. Le chapitre se réunit toute les semaines et détaille, dans ces délibérations, ce qui s’est passé quotidiennement. Le tabellion du chapitre note le nom des chanoines présents. Au début, c’est assez sommaire : les premiers registres comptent une centaine de pages. Rapidement, les comptes-rendus sont plus précis, atteignant facilement les huit cent pages vers 1500 ; on s’aperçoit alors qu’ils discutent surtout d’affaires temporelles. Guerre de Cent Ans oblige, on débat des réparations auxquelles il faudrait consentir, ou pas, pour remettre en état le moulin de tel endroit qui appartient au chapitre. La liturgie est un sujet majeur. C’est dans ce contexte que les trésors sont évoqués.

Je disposais enfin d’une troisième source, les inventaires. Ces listes répertorient la présence de tous les objets d’un endroit donné. Les chanoines aiment savoir qui est responsable de quoi, ce que permet un inventaire rattaché à une chapelle en particulier par exemple. Le trésor du maître-autel est sous la responsabilité d’un garde : si un objet disparaît, c’est à lui qu’on s’en prend. J’ai eu la grande chance de pouvoir m’appuyer sur deux inventaires qui recoupaient ma période d’étude, à savoir un de la fin du XIIe, avant un incendie dévastateur en 1200 et un autre en 1555.

Dans les chapelles latérales, la situation est différente. On y trouve les trésors des chapellenies. À partir de l’An Mil, on prend l’habitude de demander une messe pour le salut de son âme. Si on est riche, on peut fonder une chapellenie, qui est une cure sans charge d’âme. Outre la rente, qui permet de faire vivre le chapelain, le fidèle fournit lui-même le matériel liturgique : par exemple, on lit dans l’inventaire des chapellenies que le trésor de chapellenie Saint-Jacques comporte un calice aux armes de la fondatrice, Madame de Breauté. Ces trésors sont entreposés dans de simples coffres dans les chapelles latérales : il suffit donc d’un pied-de-biche pour faire sauter la serrure et partir avec un vase précieux… Lorsque des vols avaient lieu, le chapitre menait l’enquête pour essayer de déterminer qui, du chapitre ou du chapelain chargé de veiller sur le trésor, était responsable et donc tenu de payer une amende. Les registres capitulaires sont donc aussi des procès-verbaux.

Pour résumer, les registres de délibérations capitulaires donnent l’histoire générale du chapitre et sa gestion quotidienne du patrimoine de la cathédrale ; ponctuellement, et assez rarement il faut le dire, on parle du trésor, notamment via les procès-verbaux lorsque des vols ont lieu. Les comptes de fabrique indiquent toutes les dépenses et les recettes : à partir de 1470, avec la fusion trésorerie-fabrique, on trouve les dépenses liées aux réparations et à l’entretien des trésors. Enfin, les inventaires décrivent les objets rattachés à un lieu particulier, à une date précise ; c’est un état instantané. L’inventaire des chapellenies est très précieux parce qu’il comporte des ajouts, faisant état des changements.

Ill. 2 – Statuette d’applique de la châsse de saint Romain. Paris, Musée du Louvre : OA 10413. Cliché d’auteur

Peux-tu revenir brièvement sur l’histoire de Rouen et de son chapitre cathédral ? Quelle est sa place dans la hiérarchie des chapitres en France ?

Cette période est très intéressante dans l’histoire de Rouen : en 1204, Philippe Auguste prononce la commise de la Normandie et saisit les terres de son vassal Jean, roi d’Angleterre. Je me suis arrêtée en 1510, à la mort du cardinal Georges d’Amboise. Si j’avais poursuivi jusqu’en 1555, voire jusqu’aux guerres de Religion, le travail aurait été trop important pour une thèse d’École des Chartes. L’occasion de poursuivre sa thèse en doctorat sans doute…

C’est une période durant laquelle Rouen joue un rôle central ; la guerre de Cent Ans occupe presque toute la période. La Normandie est un riche duché et constitue une manne fiscale pour son détenteur[4]. La ville de Rouen est également un endroit stratégique car c’est un port[5], une ville baignée par la Seine, donc capitale dans le ravitaillement de Paris. L’archevêque est titulaire du siège le plus riche de France, et l’un des plus prestigieux, même si certains le concurrencent de ce point de vue[6]. L’essor de la Normandie est étroitement lié à la destinée des comtes de Rouen, devenus ducs de Normandie, puis rois d’Angleterre.

Le chapitre est la principale force politique de la ville, que chacun essaie de courtiser. Tous les ans, depuis l’époque des Plantagenêts, des processions sont organisées dans toute la ville lors des Rogations, trois jours avant l’Ascension, à l’issue desquelles un condamné est libéré : c’est ce qu’on appelle le « privilège Saint-Romain », exercé exclusivement par le chapitre, qui veille jalousement sur ce droit très particulier[7]. Les officiers royaux présents sur place voient cette pratique d’un mauvais œil. Il s’agit d’un empiétement sur un droit régalien : en effet, à Rouen, on ne pouvait pas exécuter un prisonnier avant les Rogations. Mais Philippe Auguste et ses successeurs laisseront toujours le chapitre exercer ce privilège afin de s’assurer ses bonnes grâces.

Même après la fin de la guerre de Cent Ans, le chapitre n’est pas inquiété, même s’il a eu des liens privilégiés avec le régent Bedford. Ce dernier avait même reçu l’habit canonial ! Il a fondé une messe en la cathédrale qui devait être célébrée par un des collèges de chapelains – le nec plus ultra en matière de fondation de chapellenies. Cette messe continue à être célébrée bien que Rouen soit à nouveau française. Il faut dire aussi que Charles VII avait nommé Guillaume d’Estouteville sur le siège archiépiscopal, lequel était issu d’une famille très loyale envers le roi. En effet, en vertu de la Pragmatique Sanction de Bourges (1438), le roi s’approprie les nominations des évêques. Celui-ci recommande chaudement ses candidats aux chapitres, qui souvent se plient au désir du souverain. C’est le cas à Rouen.

Ill. 3 – Entrée de Charles VII à Rouen, « Chroniques d’Enguerrand de Monstrelet ». Paris, BnF, Français 2679, f. 322v.

Le chapitre, en fait, cherche surtout à montrer qu’il n’est soumis à personne.

Quelles sont les principales dignités du chapitre ?

Le chef du chapitre est, de iure, l’archevêque. Dans la gestion du chapitre, il est assisté par les dignitaires, comme le doyen[8], le chantre ou encore le trésorier.

Le chapitre comptait environ cinquante prébendes, c’est-à-dire charges avec les revenus afférents. C’est un nombre conséquent mais ce n’est pas le chapitre le plus important du royaume[9]. Les chanoines sont aidés par les chapelains perpétuels, les chapelains collégiaux et les chapelains habitués. Les premiers ont la charge des chapellenies, les seconds font partie d’un collège de célébrants et les derniers participent aux célébrations dans le chœur, sans posséder ni prébende, ni cure. L’historien Vincent Tabbagh a réalisé la prosopographie du chapitre : il estime qu’il y avait près d’une centaine de clercs dans le chœur, en comptant les chapelains[10].

Quel rôle joue le chapitre dans l’administration des trésors ?

À partir de 1470, la fabrique gère le trésor. Mais il faut rappeler que le chapitre est collectivement responsable à l’origine et en droit. La charge de trésorier est attestée dès le XIIe siècle. Toutefois, chapitre et trésorier entrent souvent en conflit concernant les compétences respectives. Un acte datant de 1266 définit les rôles de chacun. Ainsi ce règlement établit qui doit payer pour la réparation des châsses, qui gère les sonneries de cloches, qui paye pour le luminaire, et selon quelles fêtes – triples, doubles, semi-doubles…

Fait intéressant, Rouen n’est pas le seul chapitre où l’on observe l’éviction du trésorier au profit de la fabrique. C’est Philippe Cordez qui a montré que, lors des grands chantiers du gothique rayonnant, les chapitres prennent goût à tout contrôler. Afin de mieux suivre les chantiers, des fabriques sont progressivement constituées. Par la suite, elles deviennent des institutions pérennes. À Rouen, deux chanoines sont les maîtres de la fabrique. Ils sont nommés par le chapitre et surtout, révocables. Or, le trésorier est investi d’une dignité qu’il conserve à vie. Le chapitre, qui entend régner en maître, entre parfois en conflit avec un dignitaire indéboulonnable. L’expression ad honorem Dei et ecclesie, le titre de ma thèse, est tirée d’une délibération capitulaire. Le chapitre souhaite préserver l’honneur de la cathédrale, primatiale de Normandie, et ce, de manière collégiale. Le trésorier devait dès lors être remplacé.

Comment le chapitre désigne-t-il les deux responsables de la fabrique ? Certains chanoines reviennent-ils fréquemment dans les sources (y a-t-il des chanoines spécialisés dans l’entretien des trésors) ou bien le personnel tourne-t-il régulièrement ?

Le chapitre général est convoqué le 16 août, lendemain de la fête de l’Assomption. On procède aux élections générales : chacun renonce à sa charge. Soit on confirme le clerc dans sa charge, soit on en élit un autre.

Les noms qui reviennent le plus souvent dans les sources sont ceux des gardes. Un garde qui s’acquitte mal de sa tâche met en danger le trésor : c’est un office étroitement surveillé.

Par exemple, le nom de Robert Auber est fréquemment cité. C’était vraisemblablement un clerc, chargé de garder le revestiaire. De même, un certain Alain Flo, perpétuellement malade, doit souvent être remplacé. Les chanoines se plaignent notamment du fait qu’il ne dorme pas à l’endroit prévu pour les gardes, lieu situé dans la cathédrale. Les chanoines ont vraiment tout essayé pour perfectionner la garde du trésor : à un moment, les délibérations nous apprennent qu’ils ont eu l’idée d’utiliser des chiens pour garder l’église. Trois mois plus tard, on revient sur cette décision : les chiens s’avèrent être une source de problèmes plutôt qu’une solution… Un troisième, Bosquier, a été pris la main dans le sac en train de voler dans un tronc… Bref, c’est à ce moment que j’ai bien ri en travaillant ma thèse.

Au sein du chapitre, on repère naturellement des dynasties de chanoines, oncles et neveux : par exemple, les Estouteville fournissent des chanoines pendant plusieurs générations. D’ailleurs, il y a un évènement assez comique rapporté par les délibérations capitulaires. Un Estouteville rentre au chapitre ; normalement, il faut payer un droit d’entrée, le droit de chape, que ses prédécesseurs avaient soigneusement omis de verser. Le neveu se voit alors contraint de payer pour tout le monde ! Il paye, non pas en argent mais en nature, c’est-à-dire en donnant des livres.

Les sources mentionnent-elles les sanctions en cas de manquement ?

Oui ! Par exemple, Alain Flo, qui ne dort pas là où il le devrait. Le garde du trésor principal est tenu de dormir dans la cathédrale. Les chapellenies n’ont pas de garde attitré, c’est le chapelain qui est responsable de la bonne conservation du trésor. Il existe également un gardien des clefs qui veille à ce que les serrures des coffres et des grilles soient bien fermées. Les sanctions sont souvent des amendes, versées dans un tronc de la cathédrale.

J’avoue que je n’ai pas trouvé traces de sanctions concernant les chanoines gérant la fabrique, ce qui tend à prouver qu’on choisissait des gens fiables. Il faut rappeler que les gardes, eux, ne sont pas des chanoines, seulement des clercs, à l’influence moindre. Et puis, il est plus facile de constater un manquement quand Alain Flo ne dort pas au bon endroit ou quand quelqu’un a volé dans le tronc. Il est déjà arrivé que Robert Auber, garde du revestiaire, fasse visiter le trésor du maître-autel sans l’autorisation du chapitre. En cas de manquement, les gardes s’exposent à un rappel à l’ordre en chapitre, transformé en amende si la faute est trop souvent répétée. En règle général, il suffit de faire amende honorable devant tout le chapitre pour s’acquitter de la punition.

On touche là aux limites des sources : quand tout va bien, on ne note rien ; quand tout va mal, on le rapporte, si bien qu’on a l’impression que Robert Auber était le premier des incompétents, impression qu’il convient certainement de nuancer.

Comment protéger ces objets du vol ? Tu évoques l’agencement du « revestiaire » (peux-tu définir ?) et de la salle haute (où se trouve-t-elle ?) : peux-tu développer ?

Le trésor du maître-autel est réparti sur deux étages, agencement assez courant, attesté à Cantorbery par exemple. Ce qu’on appelle « revestiaire » est l’endroit où l’on « revêt » les habits liturgiques. Le mot sacristie apparaît au XVIe siècle. La chapelle Saint-Barthélémy-du-Revestiaire remplit cette fonction, au rez-de-chaussée. Il est probable que les objets les plus précieux étaient conservés au premier étage, même si nous n’avons pas de preuves absolues pour affirmer cela. L’inventaire du trésor du maître-autel ne précise pas la localisation exacte des objets, contrairement aux inventaires des chapellenies, où l’on indique avec soin de quel coffre on parle. En effet, il pouvait y avoir jusqu’à quatre, voire cinq coffres dans une chapelle : il était capital de savoir à qui tel objet appartenait.

Plan des coffres et armoires identifiés grâce aux sources

En revanche, pour le trésor du maître-autel, tout appartient au chapitre. On suppose que les châsses étaient conservées en hauteur. J’ai visité la salle haute : il est tout à fait possible de descendre un objet aussi volumineux en empruntant l’escalier. D’ailleurs, cette salle conserve encore une armoire encastrée dans le mur, une armoire maçonnée, ce qui est rare.

Ill. 4 – Armoire d’un trésor de chapellenie dans l’actuelle chapelle Notre-Dame de Pitié (ancienne chapelle Saint-Sever), bras nord du transept. Cliché d’auteur

Bien évidemment, tous les coffres d’époque ont disparu. L’entresol servait sans doute de chartrier : la Charte aux Normands y était entreposée[11]. La grille du revestiaire est entièrement en pierre : c’est un chanoine, Philippe de la Rose, qui l’a financée par testament. Elle remplaçait une paroi de plâtre : elle fut exécutée par Guillaume de Pontifs, en 1480.

Ill. 5 – Grille du revestiaire, financée par le chanoine Philippe de la Rose. Cliché d’auteur

Normalement, chaque chapelle latérale est munie d’une grille.

Y a-t-il eu des vols importants ?

C’est la partie la plus croustillante du travail…

Le chapitre n’a aucun problème pour vendre, s’il le faut, des objets précieux, notamment quand il a besoin d’argent. En 1179, par exemple, l’archevêque Rotrou fait fondre la châsse de saint Romain, LE saint patron de Rouen. En effet, une famine frappe la ville, et on manque de liquidités. Une nouvelle châsse, plus petite, est commandée et la différence sert à porter secours aux pauvres. Le chapitre est donc maître en tout lieu ; ce qui le gène, ce sont les aliénations – vols, ventes – qui ont lieu sans son aval.

La châsse Saint-Romain, disparue aujourd’hui, était couverte d’ex-voto : anneaux, ceintures etc[12]. J’ai vu un cas où une femme, lors d’une procession, récupère un anneau que se trouvait dessus. Naturellement, le chapitre n’apprécie pas ce genre d’incident : aussi, avant et après chaque procession, des clercs sont chargés de compter tous les ex-voto.

Ill. 6 – Verrière : baie 28 : vie de saint Romain, cathédrale de Rouen; Détail de la châsse Saint-Romain. Cliché d’auteur

Les trésors les plus vulnérables sont ceux des chapelles, conservés dans des coffres et des armoires. Il arrive qu’ils soient crochetés : on prend alors le calice, qui est facile à fondre, afin de récupérer le métal précieux. C’est arrivé pour le trésor de Charles V, c’est-à-dire le trésor réservé à la célébration des messes à son intention.

Que risquent les voleurs ?

L’un d’entre eux a été interdit de pénétrer la cathédrale pendant un temps…Un autre cas met en cause un chanoine ayant vendu un calice sans l’autorisation du chapitre : il a dû en racheter un de ses propres deniers. On trouve aussi le cas d’un enfant ayant volé une pièce d’un tronc : il a reçu quelques coups je crois…

L’excommunication est souvent brandie comme une menace.

Le garde du tronc Bosquier, qui s’était servi dans le tronc, a dû faire amende honorable, mais tous ses biens ont été saisis. La politique du chapitre, d’après ce que j’ai vu, était vraisemblablement la suivante : si le voleur était un clerc, il fallait payer une amende importante et faire une pénitence publique ; si ce n’était pas un clerc, la pénitence publique suffisait le plus souvent.

On ne retrouve pas toujours les objets volés, malheureusement.

Rouen possédait-il de grandes reliques ?

Les chanoines promeuvent une sainteté épiscopale. Dans certaines cathédrales, comme à Chartres, le programme iconographique des vitraux est en rapport étroit avec les reliques conservées, comme l’a montré Christine Lautier[13]. À Rouen, certains saints, pourtant présents via leurs reliques, n’apparaissent pas du tout dans les vitraux.

L’Église de Rouen ne dispose d’aucun grand saint martyr, pas d’équivalent de saint Denis ou sainte Blandine. Or, dans les premiers temps de l’Église, être saint, c’est être martyre. Ensuite sont venus les confesseurs, ceux qui ont professé la foi. Rien de tout cela à Rouen : le saint patron de la ville est Romain, évêque du VIIe siècle. Son miracle le plus connu, selon les récits hagiographiques, est d’avoir libéré la ville d’un dragon…d’où la mâchoire ! Sauf que ce miracle ne lui est attribué qu’à partir du XIIIe siècle. Il était cependant réputé, dans ses premières Vitae, pour sa lutte contre l’hérésie, ce qui constitue sans doute le motif de sa vénération. L’hérésie a peut-être été pris plus tard la forme d’un dragon.

Une grande rivalité opposait la cathédrale au monastère Saint-Ouen. Les moines de Saint-Ouen prétendaient que saint Nicaise, dont ils détenaient les reliques, était le premier évêque de Rouen. En revanche, les chanoines maintenaient qu’il s’agissait de saint Mellon, sans pour autant détenir des reliques de ce saint[14]. Or, saint Nicaise fut martyrisé avant même d’avoir atteint la ville de Rouen. Ce dernier était peut-être le premier évêque en titre mais saint Mellon fut le premier à occuper le siège épiscopal en la ville.

Outre le chapitre, il faut aussi compter les confréries, sociétés de dévotion qui se constituent pour honorer un saint, comme celle de Saint-Sébastien, saint très populaire dans toute l’Europe à la fin du Moyen Âge, invoqué en temps de peste. Le chapitre cherche à contrôler ces confréries : il y avait des concours de poèmes à Notre-Dame, organisés chaque année dans la cathédrale[15]. Or, les chanoines voient d’un mauvais œil ces fêtes-là qui sont parfois source de débordements.

Les objets liturgiques utilisés par les confréries ne font pas partie ni du trésor du maître-autel ni des trésors des chapellenies. Mais ils sont conservés dans l’espace ecclésial, qui relève de l’autorité du chapitre. Chaque confrérie était rattachée à une chapelle où se situait son propre coffre : des conflits éclatent quand une en installe sans demander la permission au chapitre. Certaines confréries possèdent des reliques, comme celles de saint Mellon. Les reliques de ce saint sont bien conservées en la cathédrale mais n’appartiennent pas au trésor.

En fait, Rouen, et la Normandie et l’Angleterre en général, ont été à la pointe des nouveaux usages liturgiques au XIe et au XIIe siècle : par exemple, la dévotion au Saint Sacrement, instituée officiellement par la Fête-Dieu en 1264, était déjà largement pratiquée en Normandie, avec une confrérie dédiée à cette dévotion attestée dès le XIe siècle. Par la suite, les Normands sont restés fidèles à leurs traditions, moins sensibles aux innovations des frères mendiants.

 

 

[1] Commissaire de l’exposition « Le Moyen Âge du XIXe siècle » au Musée du Moyen Âge de Cluny, en 2025.

[2] La noblesse normande passa massivement à la Réforme.

[3]La châsse Saint-Romain du Moyen Age a disparu. En très mauvais état, elle a été remplacée au XVIIIe siècle par la châsse de Tous les Saints, datant de la fin du XIIIe siècle. On conserve une représentation de la châsse Saint-Romain en usage au Moyen Age dans un des vitraux de la cathédrale.

[4] La Normandie fournit à cette époque un quart des revenus de la Couronne. Au XIVe siècle, la gabelle est instaurée : la Normandie est alors pays de grande gabelle, où le prix du sel est plus élevé (sauf dans la Manche, pays de quart-bouillon).

[5] Le Havre n’est fondé que sous François Ier.

[6] Bien que métropole, Rouen n’est pas la seule cathédrale en Normandie : on compte aussi Lisieux, Avranches, Bayeux, Évreux, Séez, Caen et Coutances, qui sont ses suffragants. Rouen ne fait pas non plus partie des six pairies ecclésiastiques. Reims est la ville du sacre des rois, Lyon a rang de primatie pour toute l’ancienne Gaule.

[7] Un vitrail de 1521 figure cet épisode

[8] Par exemple, Nicole Oresme (v. 1320-22 – 1382) fut doyen de la cathédrale de Rouen, avant d’accéder à l’évêché de Lisieux.

[9] Laon remporte la palme avec 80 chanoines.

[10]Vincent Tabbagh, Fasti ecclesiae gallicanae : répertoire prosopographique des évêques, dignitaires et chanoines des diocèses de France de 1200 à 1500 , Tome II : Diocèse de Rouen, Turnhout, 1998

[11] Octroyée par Louis X le 19 mars 1315, consacrant le spécificités juridiques de la Normandie.

[12] L’actuelle châsse Saint-Romain est l’ancienne châsse de Tous les Saints.

[13]Claudine Lautier, « Les vitraux de la cathédrale de Chartres. Reliques et images », dans Bulletin Monumental, 161–1, 2003, p. 3-96.

[14]C’est la confrérie de saint Mellon qui possédait les reliques de ce saint et non les chanoines.

[15] Dans le Nord de la France, comme à Amiens par exemple, on trouvait les confréries du Puy (Notre-Dame du Puy d’Abbeville, d’Amiens etc) : elles offraient chaque année un tableau à la cathédrale.

Le prince fantôme : jeunesse, réseaux et domaines de Philippe, premier duc d’Orléans (1336-1356)

Entretien avec Gabriel Grelier, archiviste paléographe (promo. 2026), auteur d’une thèse d’École des chartes intitulée : Le prince fantôme : jeunesse, réseaux et domaines de Philippe, premier duc d’Orléans (1336-1356). Son travail a été dirigé par M. Olivier Canteaut, professeur d’Archivistique, de diplomatique et d’histoire des institutions de l’époque médiévale à l’École nationale des chartes (ENC), et M. Olivier Matteoni, professeur d’histoire du Moyen Âge à l’École d’histoire de la Sorbonne (université Paris 1). Propos recueillis par Justine Coquentin, élève archiviste paléographe en troisième année1.


Quelle a été l’origine de ce travail ? Qu’est-ce qui t’a conduit vers Philippe d’Orléans, personnage pourtant si proche du centre dynastique, mais presque absent de l’histoire telle qu’on la raconte habituellement ?

Ce fut un cheminement en réalité assez long. À l’origine, j’ambitionnais d’étudier le Haut Moyen Âge, en particulier les structures de commandement mérovingiennes. Cette « école de la rigueur », comme la décrit Olivier Guyotjeannin, ne permettait toutefois pas l’analyse d’un corpus de sources suffisant : j’ai donc hésité ensuite à étudier la communication politique du théâtre de Pierre Gringore (1475-1539) sous Louis XII ou l’histoire matérielle des Étrennes aux XIVe et XVe siècles. Puis, après une rencontre avec l’association des Amis du vieux château à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne, arr. de Torcy), j’ai découvert avec le fracas des sources archéologiques et comptables le monde des premiers Valois, en particulier Jeanne d’Évreux qui a résidé audit château de Brie pendant son long veuvage de 43 ans. Devant la popularité de l’histoire des femmes au Moyen Âge et ne désirant pas faire de redites sur des travaux précédents sur le conseil de MM. Guyotjeannin et Canteaut, je décidai de m’intéresser à un prince méconnu du XIVe siècle pour lequel les sources seraient disponibles en suffisance. Charles II d’Alençon (1297-1346) ou son neveu Philippe d’Orléans (1336-1375) étaient en lice : le duc d’Orléans a fini par l’emporter pour l’intérêt et la cohésion de son corpus.

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  1. Image de couverture : Grand sceau équestre de guerre de Philippe de Valois, duc d’Orléans (Paris, Bibl. nat. France, sceau de la coll. Bastard d’Estang, n°93) []

Entretien avec Jérémy Chaponneau, conservateur en chef à la bibliothèque de l’Arsenal

Au cœur de la transmission des savoirs et de la valorisation du patrimoine documentaire, les bibliothèques occupent une place essentielle dans notre société. Elles constituent des espaces d’accès à la connaissance, ouverts à tous, et en constante évolution face aux transformations numériques. À travers cet article, Jérémy Chaponneau, conservateur des bibliothèques, nous éclaire sur les enjeux actuels du métier, entre conservation des collections, médiation culturelle et adaptation aux nouveaux usages. Propos recueillis par Camille Girard (en première année du Master TNAH), le 9 avril 20261.


Vous êtes conservateur en chef à la bibliothèque de l’Arsenal, qui est réputée pour ses collections patrimoniales : pouvez-vous nous en dire plus ?

La bibliothèque de l’Arsenal est un département de la Bibliothèque nationale de France depuis 1934. Elle se distingue des autres départements par la nature de ses collections et son histoire : son identité ne repose ni sur la nature des objets conservés (comme au département des Manuscrits, au département des Estampes ou à celui des Monnaies et médailles), ni sur un thème (comme « Philosophie, histoire et sciences de l’homme » ou « Littérature et art »), mais sur sa constitution même. Fondée au XVIIIe siècle à partir de la collection du marquis de Paulmy (le plus important bibliophile parisien de l’époque), elle était la deuxième bibliothèque de Paris après celle du roi. Elle comportait des imprimés, des manuscrits médiévaux, des estampes, des cartes, des monnaies, des médailles, des tableaux… Une bibliothèque complète et tentaculaire pour l’époque, avec plus de 100 000 volumes en 1787. Contrairement à d’autres, elle n’a pas été dispersée à la Révolution. Elle est restée dans son bâtiment d’origine, l’ancien hôtel des grands-maîtres de l’artillerie, et a même été enrichie par des confiscations révolutionnaires. Aujourd’hui, elle constitue le deuxième fonds patrimonial de France, après ceux des départements spécialisés de la BnF. Sa particularité ? On y trouve tous les types de collections possibles en bibliothèque (hors objets, monnaies et médailles, transférés à Richelieu au XIXe siècle). C’est une bibliothèque patrimoniale diverse, avec un fonds à la fois riche, volumineux et précieux : pour les manuscrits médiévaux, on va des manuscrits carolingiens aux manuscrits italiens du XVIe siècle, couvrant toute l’histoire du livre médiéval.

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  1. Par Jean-Charles Campagne (Jcpouce) — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=16599514 []

Plaidoyer pour le XIVe siècle

Dans ce billet, Gabriel Grelier (élève archiviste paléographe de 4ème année) interroge la place singulière du XIVe siècle dans la tradition savante française et les raisons intellectuelles et personnelles qui l’ont conduit à faire de cette période, longtemps tenu pour un simple âge de crise, son objet d’étude. Il est l’auteur d’une thèse pour le diplôme d’archiviste paléographe intitulée Le Prince fantôme : jeunesse, réseaux et domaines de Philippe, premier duc d’Orléans (1336-1356).1

Même les historiennes et les historiens, pourtant si sensibles à la déconstruction des images à grand spectacle que charrient l’industrie culturelle et la mémoire de l’instruction publique, ne peuvent s’empêcher de manifester une certaine méfiance devant le XIVe siècle. On lui préfère généralement le XVe siècle, grandiose épopée annonçant l’Époque Moderne peut-être dès ses origines et qui a le bon goût de se révéler d’une extrême richesse archivistique, ou les siècles précédents, tous affublés de chrononymes flamboyants qui, quoiqu’on les combatte, surpassent toute raison. Ce sont les siècles « de fer et de plomb » d’après Cesare Baronio reprenant l’opinion de Lorenzo Valla[1] (Xe siècle), l’An Mil de Raoul Glaber et Duby, le « beau XIIIe siècle » du règne de saint Louis. Lorsque l’on s’intéresse au XIVe siècle, c’est pour en faire une histoire du déclin, pour en extraire les événements de la construction nationale ou par limite chronologique englobant une période plus vaste. On ne le remet pas autant en cause que le XVe siècle, porteur de sens politiques plus brûlants, peut-être moins abstraits pour le grand public : si avec une certaine provocation Patrick Boucheron avait qualifié ce siècle de “siècle turc” en 2009 dans son Histoire du monde au XVe siècle, le XIVe n’a pour ainsi dire connu que peu de bouleversements sur sa nature même, sur les traits saillants qui guident la lecture de ses mouvements politiques, économiques et sociaux. Le dernier et peut-être le plus important est la “conjoncture 1300” théorisée par François Menant, Monique Bourin et Judicaël Pétrowiste après 2004, qui prend en fait ses racines dans une critique du “beau XIIIe siècle” beaucoup plus anciennement entreprise par le modèle malthusien dit “de Postan-Duby”. Continuer la lecture de Plaidoyer pour le XIVe siècle

  1. Image de bannière : Oxford, Bodleian Library, ms. Bodley 264 fo 21 vo. []

Pacifier par la guerre ? Charles de Valois et l’Italie

Entretien avec Cyril Durain, archiviste paléographe (prom. 2025), auteur d’une thèse d’École des chartes intitulée « Le voiage de Sezille » : Charles de Valois et les puissances italiennes (1298-1303). Son travail a été dirigé par M. Olivier Guyotjeannin, professeur d’archivistique, de diplomatique et d’histoire des institutions de l’époque médiévale à l’École nationale des chartes (ENC), et M. Xavier Hélary, professeur d’histoire du Moyen Âge à Sorbonne-Université et directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études (EPHE). Propos recueillis par Colette Loutrel, archiviste paléographe (prom. 2025).
 

Qu’est-ce qui t’a conduit à faire ta thèse d’École sur Charles de Valois ?

J’avais envie de faire de l’histoire qui ne se limite pas à l’histoire de France. Donc, après avoir envisagé des sujets fort différents – j’ai un temps pensé aux relations entre le monde arabe et le monde occidental – je me suis dit que je voulais travailler sur la diplomatie à l’époque médiévale. Après en avoir parlé avec Olivier Guyotjeannin, je me suis rendu compte que malgré mon intérêt pour le Moyen-Âge central, il n’y aurait pas assez de matière avant Philippe le Bel, du point de vue archivistique et même institutionnel. Xavier Hélary, qui a dirigé mon mémoire de Master 2 à la Sorbonne, avait repéré le personnage de Charles de Valois, qui avait besoin d’être dépoussiéré. À première vue, le sujet pourrait paraître rebutant. Pour reprendre les termes de son biographe Joseph Petit, c’est « un personnage médiocre ». On le retient souvent comme celui qui a tenté trois fois d’obtenir une couronne sans y parvenir : « Il fut fils de roi, frère de roi, oncle de roi, père de roi, mais jamais roi lui-même ».

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