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Historique des masters de l’École nationale des chartes

À l’occasion des anniversaires du master Technologies numériques appliquées à l’histoire (TNAH), de l’ADEMEC et du master Humanités numériques, Maxime Griveau, ancien étudiant du TNAH (promo. 2024) et ancien membre du bureau de l’ADEMEC, revient sur vingt ans de développement des humanités numériques à l’École nationale des chartes. Nourri d’entretiens avec celles et ceux qui ont accompagné et dirigé ces formations, cet article retrace leur naissance, leurs évolutions et la place croissante prise par le numérique dans l’enseignement, la recherche et les métiers du patrimoine à l’ENC. Avec les contributions de Florence Clavaud, Gautier Poupeau, Jean-Baptiste Camps et Emmanuelle Bermès1.


En 2025, l’Association des diplômés et étudiants des masters de l’École nationale des chartes (ADEMEC) a réuni sa communauté d’alumni autour d’un triple anniversaire — en prenant, de fait, quelques libertés avec les dates : les 20 ans du master Technologies numériques appliquées à l’histoire (TNAH), les 15 ans de l’ADEMEC et les 10 ans du master Humanités numériques. Ce jalon important est venu marquer un ancrage fort des masters au sein de l’ENC et, plus largement, de l’utilisation des technologies numériques au service des humanités et de la recherche dans ce domaine.

Ces vingt années écoulées semblaient aussi l’occasion pour l’ADEMEC, dont l’auteur de l’article était membre du bureau, de tenter d’écrire l’histoire de ces deux décennies, afin de cerner la singularité et l’originalité de l’École nationale des chartes (ENC) lorsqu’elle a décidé de « se lancer » dans l’utilisation du numérique.

Qui plus est, l’auteur a eu la chance de pouvoir interroger directement les acteurs présents dès les débuts de cette aventure : responsables pédagogiques des masters, bien sûr, mais aussi personnalités marquantes qui le sont restées dans la trajectoire de ces formations. Ceux-ci ont bien voulu prendre le temps de relire les propos de cet article afin de s’assurer que les événements et conclusions décrits s’accordaient bien avec la réalité des faits.

Cet historique tente donc de retracer vingt ans de mutations du secteur patrimonial et de la recherche, en essayant d’expliquer pourquoi une École bicentenaire a su allumer la première étincelle dans ce domaine, maintenir ensuite un feu constant et enfin devenir porte-étendard, suivie par beaucoup d’autres universités.

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  1. Image de couverture : Cours en humanités numériques — © ENC-PSL, cl. Didier Plowy [↩]

Une nouvelle ère du livre : Charles Gosselin (1795-1859), éditeur des Romantiques

Entretien avec Camille Gourtay, archiviste paléographe (promo. 2026), auteur d’une thèse intitulée Une nouvelle ère du livre : Charles Gosselin (1795-1859), éditeur des Romantiques. Son travail a été dirigé par M. Christophe Gauthier, professeur d’histoire du livre et des médias contemporains à l’École nationale des chartes (ENC), et M. Jean-Charles Geslot, maître de conférences à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Propos recueillis par Louis Cheminot, élève archiviste paléographe (promo. 2026).


Pourquoi ce sujet ?

Je nourrissais déjà un intérêt pour le XIXe siècle de manière générale. Les cours d’histoire de l’édition en première année m’ont vraiment intéressée. J’ai découvert assez vite que la première partie du siècle avait été moins traitée à travers les monographies d’éditeurs, au contraire de la seconde qui voit éclore les parcours de Flammarion, Fayard, etc.

Quelle est la différence entre un éditeur et un libraire au XIXe siècle ?

À l’époque de Gosselin, la différence est bien moins stricte qu’elle ne le sera plus tard dans le siècle ou encore de nos jours. Lorsqu’il débute sa carrière, les professionnels du livre cumulent en général plusieurs fonctions, de la réception du manuscrit et de son envoi à l’impression, à la vente directe des ouvrages. De là vient l’appellation de « libraire-éditeur » pouvant être employée pour désigner Gosselin et ses confrères dans cette période de transition. La profession d’éditeur alors en pleine émergence est caractérisée par une relation privilégiée avec les auteurs, la supervision du travail des imprimeurs, la vente des livres de fonds plutôt que des livres d’assortiments.

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Julia Bartet, « la Divine » : itinéraire d’une comédienne et singularité d’une célébrité théâtrale féminine à la Belle Époque

Entretien avec Fiona Morel, archiviste paléographe (promo. 2026), lauréate du prix Auguste-Molinier, récompensant la meilleure thèse de la promotion, et du Prix Fondation Etrillard. Sa thèse d’École des chartes est intitulée : Julia Bartet, « la Divine » : itinéraire d’une comédienne et singularité d’une célébrité théâtrale féminine à la Belle Époque. Son travail a été dirigé par M. Christophe Gauthier, professeur d’Histoire du livre et des médias contemporains et par Mme Pascale Goetschel, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Propos recueillis par Louis Cheminot, élève archiviste paléographe (promo. 2026).


Pourquoi ce sujet ?

En entrant à l’École, je désirais m’inscrire dans les études d’histoire culturelle, et au cours d’un entretien avec M. Christophe Gauthier, nous avons évoqué ensemble plusieurs pistes : la plus parlante à mes yeux était l’étude d’une comédienne de la deuxième moitié du XIXe siècle. Ce choix s’inscrivait dans la lignée de plusieurs travaux récents de chartistes : Aude Ginestet avait travaillé sur Réjane[1], contemporaine de Julia Bartet, et Anne Jérôme, deux ans avant moi, avait édité les mémoires d’Émile Fabre[2], administrateur général de la Comédie-Française au moment où Julia Bartet y jouait.

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Entretien avec Florentin Dez, responsable Records Management chez Bouygues Construction

Dans un secteur de la construction en constante évolution, où la maîtrise de l’information est devenue aussi stratégique que la gestion des projets eux-mêmes, le Records Management s’impose comme un levier essentiel de performance et de conformité. Chez Bouygues Construction, cette fonction joue un rôle clé dans la structuration, la fiabilisation et la pérennisation des données tout au long du cycle de vie des ouvrages. Dans cette interview, Florentin Dez, responsable Records Management chez Bouygues Construction, revient sur son métier discret mais fondamental, au cœur de la transformation numérique et de la gouvernance de l’information du groupe. Propos recueillis par Camille Girard (en première année du Master TNAH) le 11 mai 20261.


Quel est votre parcours académique et professionnel ?

J’ai toujours aimé l’Histoire et voulu écrire. À l’issue de mon lycée, j’ai commencé mes études par une licence d’Histoire à Amiens dans l’idée de poursuivre ensuite en journalisme. Le cours de paléographie moderne de troisième année a changé mes plans ! Ayant grandi dans l’Oise, loin d’un dépôt d’archives, je n’ai découvert ce milieu qu’à l’occasion d’un devoir de transcription où nous devions aller choisir un acte notarial du XVIIe siècle aux archives départementales. L’expérience m’a beaucoup plu, et finalement, j’ai décidé de rejoindre le Master « Métiers des archives et technologies appliquées » de mon université l’année suivante.

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  1. Crédit photo : Arnaud Février, 2025 [↩]

Entretien avec Alexandre Garcia, responsable des archives de la ville de Genève

À l’heure où les administrations publiques font face à une explosion des données et à des enjeux croissants de transparence, de mémoire et de gouvernance de l’information, le rôle des services d’archives évolue en profondeur. À Genève, cette transformation s’incarne dans le parcours et les missions du responsable des Archives de la ville, à la croisée des problématiques patrimoniales, numériques et organisationnelles. Au cours de cette interview, Alexandre Garcia, responsable des Archives de la Ville de Genève, revient sur son parcours et les missions qu’il exerce aujourd’hui. Propos recueillis par Camille Girard (étudiante en première année du Master 1 TNAH) le 30 avril 20261.


Quel a été votre parcours universitaire et professionnel ?

J’ai 47 ans et cela fait un peu plus de 20 ans que je travaille dans le domaine des archives. J’ai une formation initiale en histoire et en latin suivie à l’Université de Genève. À la fin de mes études, en 2003, je me suis interrogé sur mon orientation professionnelle : je ne souhaitais me diriger ni vers l’enseignement ni vers les médias. En revanche, les métiers des bibliothèques et des archives m’attiraient, notamment parce que je les avais découverts en tant qu’usager durant mes études.

Peu après l’obtention de mon diplôme, j’ai effectué un stage aux Archives de la Ville de Genève, où j’ai travaillé pendant sept mois. Cette expérience m’a permis de découvrir le fonctionnement d’un service d’archives publiques et a confirmé mon intérêt pour ce métier. À l’époque, la formation archivistique en Suisse était en pleine transition : beaucoup de professionnel-le-s avaient jusqu’alors été formés en histoire et avaient acquis leurs compétences en archivistique une fois en poste, de manière autonome ou par la formation continue, l’offre de formation postgrade étant encore limitée. Mais une formation certifiante dans le domaine devenait peu à peu indispensable sur le marché de l’emploi.

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  1. Crédit photo : Julien Gregorio/Ville de Genève [↩]